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Citations, Proverbes, Histoires, Blagues, Recettes Amérindiennes

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Le jeu n'est pas condamné par la morale Peau-Rouge, bien qu'il mènent aux pires excès dès qu’il devient une passion.
Le perdant est presque toujours la risée des siens. Mais parfois, les résultats sont inversés. Par exemple, quand un petit malin se sert de l'engouement commun pour parvenir à ses fins.
Un beau matin, deux étrangers pénétrèrent dans le village Mohawk. L'un venait du Nord. L'autre arrivait du Sud.
Le premier se nommait Force-Irrésistible. Le second s'appelait Objet-Inébranlable. Ces deux hommes, à la musculature puissante, étaient des géants.
Force-Irrésistible prétendait pouvoir raser une montagne d'un seul coup de poing. Objet-Inébranlable assurait qu'aucune tempête, aussi grande fût-elle, n'arrivait à lui faire plier l'échine. Et vu la carrure impressionnante de ces créatures, aucun Mohawk n'en doutait.
Ces prétentions n'empêchaient nullement les deux étrangers de vivre en bonne intelligence. Chaque jour, l'un invitait l'autre sous son wigwam et leurs rires s'entendaient fort tard dans la nuit
Dans ce village, il y avait un idiot. Autrefois, ce jeune Homme avait, paraît-il, été très intelligent. Hélas, un jour, il s'était extasié devant une fleur nouvelle sans prendre garde de mettre sa main devant sa bouche. Et son esprit s'était envolé par l'orifice grand ouvert. Depuis cette époque on ne l'avait plus appelé que Sans-Esprit
Ce jeune homme aimait une belle jeune fille. À quelques jours de là, il l'avait demandée en mariage. Mais la douce beauté lui avait répondu : - Comment pourrais-je vivre sous ton wigwam puisque tu n'en possèdes pas ? Tu subsistes grâce à la charité des autres. Tu ne vas jamais à la chasse, comment pourrais-tu entretenir une femme ? Je préférerais encore épouser les deux étrangers. Avec la force qu'ils possèdent, ces hommes sont certainement riches en leur pays.
Sans-Esprit avait pris les deux géants en grippe. Un soir, alors que les villageois étaient assis autour d'eux devant le feu, Sans-Esprit demanda ingénument au sorcier : - Que se passerait-il si une force irrésistible rencontrait un objet inébranlable ? Le sorcier ne sut que répondre. Néanmoins, certains prétendirent que rien ne pouvait résister à une force irrésistible, d'autres affirmèrent que rien ne pouvait ébranler un objet inébranlable. Seuls les étrangers ne donnèrent pas leur avis.
Dès le lendemain, la tribu des Mohawk fut divisée en deux camps. Plusieurs faillirent en venir aux mains. Chaque jour, le sorcier tentait de calmer les plus turbulents, mais chaque soir devant le feu, Sans-Esprit reposait sa question : - Qu'arriverait-il si une force irrésistible rencontrait un objet inébranlable ? Si bien que le sorcier n'essaya même plus d'apaiser les excités.
Des paris furent lancés, Pierre-Creuse engagea toutes ses armes, Arbre-Tordu misa trois de ses femmes. Beaucoup s'endettèrent, quelques-uns se ruinèrent. Néanmoins, ces richesses ne quittaient pas les mains de ceux qui les possédaient puisque personne ne pouvait départager les parieurs. Ne pouvant pas trancher, le sorcier perdit sa réputation, le chef fut rejeté pour son manque de savoir.
Les discussions duraient parfois jusqu'au matin sans que les personnes présentes pensent à mettre du bois sur le feu. La tribu des Mohawk n'était plus que l'ombre d'elle-même !
C'est alors que Sans-Esprit annonça : - Je détiens la solution du mystère. Les Braves se ruèrent littéralement sur lui. - Apprends-nous vite ! Nous ne pouvons plus vivre ainsi. Nos femmes ne nous parlent plus et nous avons des ennemis jusque dans nos propres familles.
Sans-Esprir se concentra et déclara : - J'accepte de vous donner la solution, mais à une condition. Vous me confierez vos mises et c'est moi qui distribuerai les gains.
Sinon, je vous crois capables de vous battre.
Les Mohawk optèrent pour cet arrangement. Ils construisirent hâtivement un grand wigwam à Sans-Esprit afin qu'il puisse mettre les enjeux sous abri. Quand la cabane fut entièrement pleine, Sans-Esprit décida qu'il refusait tout nouveau pari. Puis, il dit : - Venez tous ce soir autour du feu, je vous dévoilerai mon plan. Dès la tombée de la nuit, ils pressèrent leurs femmes d'allumer un énorme brasier. Sans-Esprit se présenta le dernier devant l'assemblée. Il désigna les étrangers et dit: - Nous avons ici Force-Irrésistible et Objet-Inébranlable. Organisons un combat entre ces deux hommes et nous saurons enfin ce qui se passe lorsqu'une force irrésistible rencontre un objet inébranlable.
Les géants acceptèrent de lutter sans se faire prier, chacun étant persuadé de remporter la victoire. Sans-Esprit demanda aux Mohawk d'élargir le cercle. Il plaça les étrangers au milieu afin que tout le monde les voie bien. Alors, il déclara : - Je serai l'arbitre de ce combat. Force-Irrésistible pourra prendre dix pas d'élan. A mon signal, il devra fondre sur Objer-Inébranlable. Charge à ce dernier de résister. Force-Irrésisrible recula et bomba la poitrine. Objet-Inébranlable raffermi ses jambes sur le sol pour mieux recevoir le choc. Sans-Esprit donna le signal. Force-Irrésistible fonça comme un buffie et heurta Objer-Inébranlable. Il ne se passa rien !
Sans-Esprit s'écria : - Comment vouliez-vous qu'il en soit autrement ? Les deux forces se sont neutralisées entre elles. - Personne n'a donc gagné, remarqua le sorcier. - Si, moi ! répliqua Sans-Esprit. Puisqu'il m'est impossible de distribuer les enjeux, je les garde.
Les Mohawk firent triste mine mais ils n'en voulurent pas à Sans-Esprit. Ils reconnurent sa sagesse et le nommèrent Celui-qui-a-Beaucoup-d'Esprit. Depuis, le jeune homme a épousé la belle jeune fille et il consacre sa fortune à subvenir aux besoins de la tribu.

Tiré du livre : Mille ans de contes, histoires et légendes à raconter aux enfants avant d'aller dormir aux éditions Milan (isbn : 9782841134496)

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