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Anasazi : Localisation, informations, histoire, culture. Partez à la rencontre des Anasazi

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En bref

Introduction : Les Anasazis sont des Amérindiens du Grand Sud-Ouest de l’Amérique du Nord. Ils étaient répartis en plusieurs groupes dans les États actuels du Colorado, de l’Utah, de l’Arizona et du Nouveau-Mexique. Leur civilisation est remarquable pour plusieurs raisons. Elle a laissé de nombreux vestiges monumentaux et culturels sur plusieurs sites, dont deux sont classés sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO. Ensuite, les vestiges retrouvés par les archéologues témoignent d'une maîtrise des techniques de la céramique, du tissage et de l'irrigation. Enfin, les Anasazis savaient observer le soleil et dessinaient des symboles restés mystérieux dans le désert. Aujourd'hui, les descendants des Anasazis, les Zuñis et les Hopis de l’Arizona et du Nouveau-Mexique perpétuent leur culture.
Localisation : Région des Four Corners : Arizona, Nouveau Mexique, Colorado et Utah
Langue : Uto-Aztec

Localisation

 

Les Anasazis vivaient dans la région des Four Corners : Arizona, Nouveau Mexique, Colorado et Utah

Voir la carte des réserves Anasazi

Informations détaillées

Le mot "anasazi"

On ignore, faute de textes anciens, par quel nom les Anasazis se désignaient eux-mêmes. Cette civilisation ayant disparu avant l'arrivée des Européens en Amérique, on reprend à tort le mot "Anasazi", signifiant "anciens ennemis" en langue Navajo pour désigner toute les cultures vivant dans "les Pueblos" et disparues avant que les Européens n'aient le temps de les exterminer. Quant aux Pueblos historiques, leur nom vient de l'espagnol "village", car les conquistadores avaient été frappé par l'architecture de leurs communautés.

Les Indiens Hopis utilisent le mot "Hisatsinom" signifiant simplement "anciens habitants" dans leur propre langue plutôt que celui d'"Anasazi" "anciens ennemis" en Navajo, jugé trop péjoratif pour désigner ses propres ancêtres. Enfin, les historiens occidentaux regroupent parfois sous l'appellation "Anasazi" plusieurs cultures semblables et qui ont vécu dans la même région: les Hohokams, les Mogollons et les Patayans, des peuples qui ont tous disparu avant le XVIe siècle.

Situation et environnement naturel

Les archéologues ont retrouvé des vestiges de cette culture dans quatre états américains : Arizona, Utah, Nouveau-Mexique et Colorado. Comme ces états se touchent par un coin, on désigne cette région sous le nom anglais de Four Corners (région des « Quatre Coins »). Si les paysages de ces contrées sont grandioses, les conditions naturelles rendent la vie difficile : l'aridité marque la plupart des espaces, qui prennent un aspect désertique (désert de Sonora) ou semi désertique. Les deux plus grands fleuves coulent du nord vers le sud et sont le Rio Grande et le Colorado qui se jette dans le Golfe de Californie. Les arroyos sont des cours d'eau temporaires qui se remplissent au moindre orage. Cependant, les Anasazis savent utiliser les ressources naturelles et respecter l'équilibre de l'environnement. Ils cueillent par exemple les feuilles du yucca pour les tresser. Ils maîtrisent les techniques agricoles, l'irrigation et se sont adaptés aux contraintes du milieu. Les produits qu'ils ne trouvent pas sur place sont importés d'autres régions.

Ensuite, l'altitude est une autre contrainte. Les hivers sont froids et la neige peut recouvrir le sol. L'écart des températures entre l'hiver et l'été est important. À l'est, les Montagnes Rocheuses culminent à plus de 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'aire de la culture anasazie s'étend sur de hauts plateaux (plateau du Colorado), parcourus par des fleuves qui coulent dans des vallées encaissées. Les habitants se sont surtout installés sur les mesa, terme espagnol signifiant « table », des plateaux rocheux balayés par les vents. La géologie de la région est assez complexe mais offre toutes sortes de matériaux depuis le grès jusqu'aux roches d'origine volcanique. La flore et la faune dépendent de la nature du sol, des précipitations et de l'altitude.

Les cultures voisines

Les Anasazis étaient en contact avec d'autres cultures amérindiennes proches (voir la carte) : les Hohokams et les Mogollons sont les plus connus. Ils partageaient de nombreux traits communs avec les Anasazis, au point que certains historiens les regroupent dans une même catégorie : agriculture irriguée, chasse, villages en adobe, en briques ou en pierre, poterie décorée, relations commerciales avec la Méso-Amérique. Mais on sait que les Hohokams incinéraient leurs morts et que les Mogollons pratiquaient davantage la chasse que l'agriculture.

Des villages aujourd'hui abandonnés

L'archéologie nous fait connaître une grande variété de maisons et de villages anasazis. Les plus anciennes habitations étaient bien modestes : il s'agissait de petites maisons primitives, chacune assez grande pour loger une famille. Elles étaient aménagées dans des fondations peu profondes (maisons-puits ). Leur toit était recouvert de terre et de branchages. Le foyer se trouvait au centre. Ces habitations primitives se sont regroupées à la faveur de la croissance démographique pour former des hameaux. Cette croissance des villages manifeste une organisation collective plus ou moins consciente de l'espace. À partir du Xe siècle, ces villages pouvaient abriter plusieurs centaines d'habitants. Ils choisissaient des sites de plateau (Chaco Canyon 950-1100) ou des abris naturels (falaises de Mesa Verde 1100-1300).

Les Anasazis savaient choisir des sites naturels exceptionnels pour s'installer : plusieurs villages se sont ainsi abrités sous d'imposantes falaises au XIIIe siècle. Creusées dans les parois de gigantesques canyons, les habitations troglodytes attirent toujours la curiosité des touristes. Ce type d'habitat présentait l'avantage d'offrir une protection contre la pluie ou la neige. L'orientation des villages préservait la communauté du froid en hiver et de la canicule en été. De plus, de tels sites constituaient un rempart naturel contre d'éventuelles attaques. En revanche, les champs étaient plus éloignés des habitations et moins accessibles pour les habitants
Leurs murs étaient faits d'une sorte de torchis (appelé jacal au Mexique) appliqué sur un treillage. Les constructions les mieux conservées aujourd'hui comportaient une structure de pierres sèches tenues ensemble par un mortier. On pouvait aussi utiliser des briques cuites. Dans différents villages, certaines maisons ont gardé des traces de peintures décoratives, sur des revêtements en plâtre, en argile ou en adobe.

Le toit était recouvert par des couches d'argile et de branchages maintenus sur des rondins de bois. Les maisons ne comptaient qu'un seul niveau au début, mais pouvaient s'agrandir par le haut, en ajoutant un ou deux étages supplémentaires. Plusieurs pièces rectangulaires étaient réservées au stockage de la nourriture au rez-de-chaussée. La vie quotidienne se déroulait surtout sur les terrasses de ces habitations : espace de travail (préparation du maïs, tissage), elles servaient aussi de lieu de sociabilité.

Dans les villages, les archéologues se sont beaucoup intéressé aux places (plaza) et aux kivas : ces pièces étaient dévolues au travail ou au repos dans les premiers temps. Puis, les grandes kivas semblent avoir servi de lieu de cérémonies religieuses pour la communauté. (Voir le paragraphe sur les croyances).

Alimentation et cuisine

Agriculteurs sédentaires, les Anasazis cultivaient leurs champs qui étaient proches des habitations. Ils récoltaient le maïs (qui était à la base de leur alimentation), les haricots, les courges, les calebasses et le tabac. Toutes ces plantes étaient originaires de la Mésoamérique et sont fondamentales dans les civilisations précolombiennes. Les champs se trouvaient sur les espaces plats (mesas, plaines…) jusqu'à 2100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Plus haut, les conditions climatiques étaient trop difficiles pour cultiver. Leurs instruments agraires étaient en pierre et en bois (houe, pelle, bâton à fouir…) étant donné que les Anasazis ne maîtrisaient pas les techniques de la métallurgie.

En revanche, ce peuple a progressivement adopté les techniques d'irrigation venues du Mexique : soit en puisant l'eau des fleuves (Rio Grande), soit en constituant des réserves d'eau de pluie. La construction de petits barrages, de canaux et de réservoirs nécessitait une certaine organisation de la communauté. Une partie des récoltes était entreposée en cas de mauvaises récoltes. Une partie des cérémonies religieuses devaient appeler la protection des esprits sur les récoltes. Le maïs et les courges étaient séchés et stockés. Les pommes de pin étaient détachées à l'aide de perches avant d'être chauffées pour qu'elles libèrent les pignons. Ces derniers étaient soit consommés directement, soit écrasés pour préparer des galettes. Les graines de tournesol devaient être écossées et entreposées dans des jarres. Les céréales étaient gardées dans des récipients fermés, afin des les protéger des rongeurs et des insectes. Au VIe siècle apparaît une poterie décorée de figures (lignes, points) qui reprennent sans doute des décors simples de vannerie. Plus tard, le décor devient plus complexe : des représentations d'animaux ou d'êtres humains sont dessinées. Les couleurs utilisées sont différentes selon les régions : noir et blanc dans le Colorado, noir et rouge dans le nord de l'Arizona, rouge et chamois dans l'Utah. La poterie était souvent richement décorée de motifs incrustés avant cuisson au moyen de divers objets (épis de céréales, tige de yucca ou coquillages).

Même s'ils avaient abandonné le mode de vie nomade depuis des siècles, les Amérindiens du Sud-Ouest américain n'ont jamais complètement abandonné la chasse et la cueillette pratiquée par leurs ancêtres. Pignons, baies, fruits sauvages (figues de barbarie) constituaient une nourriture d'appoint. Ils trouvaient du gibier sur les plateaux (bisons, cervidés, antilopes) et dans les montagnes (cervidés, wapitis, mouflons). Les animaux plus petits (lapins, écureuils, oiseaux…) étaient capturés au moyen de pièges et de filets en yucca et constituaient la principale source de viande.

Les animaux plus grands étaient débités sur le lieu de chasse. La viande était accommodée en ragoûts ou bien hachée. On appréciait également la moelle des os et on gardait la peau et les tendons pour d'autres usages. L'élevage des dindes ne servait qu'à fournir des plumes. Leur viande n'était pas consommée. Comme les chiens, elles servaient plutôt d'animal de compagnie.

Pour préparer le repas, on faisait du feu en frottant un bâton sur une plaque de bois. Le foyer était ensuite entretenu dans un trou creusé à même sol. Pour cuisiner, on se servait d'ustensiles en terre cuite, en bois ou en os. Pour faire bouillir de l'eau, on ne pouvait pas allumer un feu sous une poterie : cela l’aurait détruite ! On déposait donc des pierres brûlantes au fond du récipient afin qu'elles chauffent le liquide.

Pour finir, on peut noter que des traces de cannibalisme ont été retrouvées sur d'anciens sites anasazi comme celui de Cowboy Wash (IXe et Xe siècles)

Croyances

Les Anasazis ont laissé de nombreux pétroglyphes dans le désert américain sur des falaises en grès. Il s'agit de dessins plus ou moins stylisés, gravés dans la paroi des canyons. Certains de ces graffitis étaient peints directement sur la roche. Ils peuvent être isolés ou couvrir plusieurs mètres carrés. Les archéologues ne peuvent faire que des suppositions quant à leur signification :

  1. Ces dessins figurent souvent des animaux et témoignent de l'importance de la chasse.
  2. D'autres signes seraient des cartes rudimentaires indiquant des sources ou des villages.
  3. La figuration de céréales représente une bonne récolte.
  4. Certains motifs représentent une famille ou un groupe d'hommes. Scènes de danse.
  5. Les spirales, dont certaines atteignent 75 centimètres de diamètre, évoquent le mouvement du soleil ou le temps qui passe. Elles appartiennent peut-être à une sorte de calendrier rituel. Pour les Pueblos d'aujourd'hui, elles symbolisent les migrations des tribus.

Plusieurs sites de pétroglyphes sont en relation avec les solstices d'été et d'hiver. Ceux de Hovenweep National Monument ou de la butte Fajada (le poignard du soleil) indiquent clairement ce moment de l'année. Les alignements de bâtiments du site archéologique de Chimney Rock prouvent que les Anasazis comprenaient et savaient prévoir le cycle draconitique de la Lune, qui dure 18,6 ans.

Les historiens ignorent s'il existait un clergé structuré. On sait que certains personnages recherchaient occasionnellement à provoquer des visions en prenant des plantes hallucinogènes. Des graines de datura ont été retrouvées à Mesa Verde : cette plante toxique provoque des hallucinations. Les cérémonies se pratiquaient sur des autels, dont on a conservé quelques exemplaires en bois peint. Les fouilles ont aussi collecté des bâtons de prière en bois qui étaient offerts aux « esprits ». Le Chaco Canyon semble pour certains historiens, avoir été un grand centre de pèlerinage pour les populations des alentours.

Les anciens Anasazis rendaient un culte au dieu Kokopelli ainsi qu'aux kachinas, des esprits invisibles. Il existait des cérémonies collectives destinées à invoquer les esprits afin qu'ils protègent la communauté. Elles étaient organisées dans les kivas. La religion des Anasazis se rapprochaient de l'animisme : on a retrouvé les ossements d'un perroquet ara enterré de façon rituelle à Salmon Ruin dans le Nouveau-Mexique.

Les kivas étaient des chambres rituelles circulaires creusées dans le sol et recouvertes d'un toit ; édifice en partie souterrain, on y descendait par une petite échelle pour pratiquer le culte ou réunir le conseil du village. Un foyer était aménagé au centre et la fumée s'échappait par un conduit de ventilation, doté d'un déflecteur. Les plus grandes pouvaient accueillir plusieurs centaines de personnes qui pouvaient s'asseoir sur des banquettes en pierre. Les grandes kivas de Chaco Canyon avaient un diamètre de 18 mètres et étaient subdivisées en fonction des points cardinaux. Des fêtes religieuses liées aux cycles agricoles devaient être célébrées dans ces kivas, exclusivement par les hommes.

Artisanat et commerce

Les hommes tissaient le coton pour en faire des couvertures et des chemises. Ils utilisaient d'autres fibres végétales (yucca) ou des matières d'origine animale (peaux, fourrures) pour leurs vêtements. Ils portaient des sandales et des mocassins, et probablement des chaussures adaptées à la neige pour l'hiver.

Les bijoux étaient courants : colliers, boucles d'oreilles, bracelets, broches, peignes étaient faits en bois, en os, en corail, en jais et en pierres diverses. La turquoise donnait lieu à un commerce fleurissant et les Amérindiens leur prêtaient des vertus magiques ; les moins belles étaient utilisées comme monnaie. On a même retrouvé des instruments de musique (flûte en os…).

Les Anasazis faisaient venir des coquillages de Californie, des perles de cuivre du Mexique, du coton, de la fibrolite, des perroquets (aras) du Mexique… Les marchands empruntaient des sentiers qui formaient un réseau assez vaste. Mais il n'y avait pas de véritables routes aménagées pour le commerce, contrairement aux voies de l'empire inca. De plus, les fleuves de la région ne sont pas navigables.

Pueblo Bonito, dans le Chaco Canyon, est attesté comme l'un des grands centres de commerce des Anasazis. La région était parcourue par un réseau de voies qui reliaient entre eux une centaine de villages. On ne payait pas avec de l'argent mais en donnant quelque chose en échange : c'est le système du troc.

Dans la vie quotidienne, les Anasazis se servaient de différents objets, que l'on peut voir aujourd'hui dans les grands musées américains :

  1. Paniers, corbeilles faits en osier, yucca, sumac étaient destinés à de multiples usages. Ils étaient par exemple utilisés comme sac à dos pour transporter des outils, des branchages ou de la nourriture.
  2. Poteries et céramiques : urnes, bols, jarres, pichets, cuillères, petites figurines…
  3. Outils et armes en pierre : alênes, pointes de flèches, massues, couteaux en obsidienne, haches en fibrolite ou en limonite.
  4. Objets pour le tissage du coton, pour coudre le cuir (aiguilles en os).
  5. Fil (parfois en cheveux), ficelle et cordages (fibres de yucca).

Histoire

On dispose de plusieurs types de sources pour retracer le parcours des Anasazis :

  1. Les récits traditionnels des pueblos Amérindiens, qui se transmettent à l'oral depuis des générations. L'artisanat et les croyances des descendants des Anasazis permettent de formuler un certain nombre d'hypothèses sérieuses.
  2. Les témoignages des conquistadores espagnols qui explorent la région à partir du XVIe siècle. La plus importante de ces expéditions est celle de Francisco Vásquez de Coronado qui était parti chercher la cité d'or de Cibola. Les chroniques et les lettres envoyées par les explorateurs sont une source précieuse d'informations, à condition de les prendre avec précaution. À la fin du XIXe siècle, les fermiers Charley Mason et les frères Wetherill découvrent les principaux sites anasazis.
  3. Les fouilles archéologiques commencent vraiment avec le Suédois Gustav Nordenskjöld . Le climat aride de la région a permis la bonne conservation de milliers d'objets en fibres végétales (atlatl en bois, flèches en roseau, tissus en coton) ou animales (tendons, cuirs). De même, le milieu sec a préservé plusieurs squelettes qui ont été étudiés par les anthropologues et qui donne des renseignements sur la santé, l'alimentation et la morphologie des Anasazis.

L'histoire de ce peuple reste énigmatique, faute de sources écrites. Les travaux des archéologues permettent néanmoins d'entrevoir plusieurs phases chronologiques, dont les dates sont approximatives : la région du sud-ouest des États-Unis a d'abord été occupée par les peuples de la tradition Sohara (v. 5500 av. J.-C. – v. 400 ap. J.-C.). Les Anasazis succèdent au VIIIe siècle ap. J.-C. aux Basketmakers, les « vanniers », implantés dans ces territoires montagneux et semi-arides quelques temps avant l’ère chrétienne. La sédentarisation progressive de ces chasseurs-cueilleurs, liée au développement de l’agriculture, aboutit à l’émergence d’une nouvelle culture dite de Pueblo, en référence aux villages constitués de maisons en briques de terre que les Anasazis du Mesa Verde installent à l’abri des falaises des grands canyons d’une région accidentée et verdoyante située au cœur du désert du Colorado. Les débuts (période Pueblo I, de 700 à 900) sont caractérisés par de petites maisons isolées et par l'apparition de la culture du coton. Si la période Pueblo II (de 900 à 1100) marque un apogée qui se manifeste par un enrichissement des parures, Pueblo III (de 1100 à 1300) connaît un refoulement des divers Anasazis dans le seul Mesa Verde et le retour à un habitat troglodyte rudimentaire.

À partir de 1300, les Anasazis se réfugient dans la vallée du Rio Grande et au centre de l'Arizona. On finit par perdre leur trace avant l'arrivée des Européens. Les causes de cet exode restent mystérieuses : un changement climatique a-t-il menacé les récoltes? L'environnement s'est-il soudainement dégradé (déforestation, manque de terres cultivables)? La pression démographique est-elle devenue trop forte (surpopulation)? Des problèmes d'ordre politique sont-ils apparus? Des guerres ont-elles ruiné la région? En l'absence de documents écrits et en l'état des connaissances actuelles, il est difficile de répondre à ces questions.

Civilisation ou peuple préhistorique ?

Pour Jerry J. Brody, la culture anasazi est « la mieux connue des cultures préhistoriques du Sud-Ouest américain ». Il est vrai que les Anasazis n'avaient pas d'écriture et ne connaissaient ni la roue, ni la monnaie. Ils ne maîtrisaient pas les techniques de la métallurgie et n'ont pas vraiment apporté d'innovations majeures. Leur histoire n'est pas aussi brillante que celle de Mésoamérique ou des Incas.

Pourtant, les conquistadors estimaient qu'un peuple qui tisse le coton était civilisé. La maîtrise de l'irrigation, les maisons en pierres et à étages (Pueblo Bonito en compte 5), les connaissances en astronomie témoignent d'une culture dynamique et riche. Si l'on mesure une civilisation à son degré d'urbanisation, il est certain que les Anasazis en font partie. Certaines agglomérations auraient compté 6 000 habitants. Les villages du Chaco Canyon étaient si rapprochés qu'ils formaient une conurbation rassemblant 15 à 30 000 habitants. Les Anasazis réussirent la prouesse de construire dans des endroits difficilement accessibles, sans animaux de trait ni outils métalliques. Les grandes maisons de Chaco Canyon ont nécessité des centaines de millions de blocs de grès et des centaines de milliers de poutres. Les Anasazis n'ont pas fini de révéler leurs mystères et de participer à l'imaginaire collectif.

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